Destination

Où que j’aille, ce n’est jamais la fin.

Avant, je croyais qu’il suffisait de changer d’endroit pour changer de vie. Une belle illusion ! Je peux taper ma routine à la face comme si c’était un ballon de basket ; mais elle me rebondit toujours dessus.

Pareil pour les examens, les soutenances, le stress, l’ennui, le vide, les relations sociales, le shopping, les courses du supermarché, les malentendus, les rendez-vous, la visite médicale, la descente des poubelles, le brossage des dents, le réveil paresseux, la sensation de ne pas avoir assez, la solitude imminente, la mélancolie face à la nature, les feuilles d’automne qui tombent, les conversations téléphoniques, la fin des cours, les rentrées scolaires, le Nouvel An, les crises existentielles, les tasses de thé, l’eau qui bout dans la casserole, les innombrables tickets de caisse, le soulagement d’avoir fini, l’appréhension de devoir recommencer.

Et ainsi de suite.

La fin est synonyme de début. C’est pour cela que désormais, je me méfie de la « destination ».

Il n’y aura pas un point culminant où ma vie sera parfaitement cadrée.

Ce que je suis aujourd’hui, c’est ce que j’étais il y a deux ans. Certes, j’ai sûrement changé, mais pas dans un sens linéaire.

Plutôt que d’escalader une montagne abrupte, je nage au milieu d’un océan de vagues, inconsciente de mon horizon.

Solitude

J’ai appris à aimer la solitude.

En fait, j’ai toujours aimé être seule, sauf que je l’ignorais.

Parfois, je veux vraiment de la compagnie. C’est un plaisir de rigoler avec ses amis, ou de se promener ensemble. Mais, telle une introvertie, ma fatigue augmente au fil des heures et j’ai envie de m’isoler.

J’ai appris à aimer le silence.

Comme en ce moment précis, pendant que j’écris sur du papier. J’entends le tic-tac de l’horloge, mon stylo qui bouge, et le son lointain des voitures. C’est le soir.

J’ai appris à aimer l’ennui.

Du moins, j’essaie toujours. Mon challenge a été relevé : une semaine sans surfer sur Internet entre 21 et 22 heures. Je ne cache pas à quel point je me suis sentie perplexe ; que faire sans ordinateur ? En gros, que faire de ma vie ? Il suffirait de se déconnecter de l’écran pour avoir des crises existentielles !

Avec Internet, je regarde passivement une communauté. J’en fais donc partie.

Sans Internet, je ne suis rien. Quel sentiment étrange, de ne pas savoir quoi faire…

Me voilà donc en train d’accueillir la solitude à bras ouverts. Je vais passer du temps avec moi-même. Plus tard, je m’exclamerai : « Wow, j’ignorais le bien que ça fait, d’être seul avec ses pensées ! ».

 

Réserve

Quand je ne suis plus chez moi, je deviens une autre personne.

Mon cerveau se met automatiquement en mode « caméra de surveillance ». Il scrute instinctivement le moindre de mes gestes. De quoi ai-je l’air ? Mais qu’est-ce que je fais avec mes mains ?!

C’est toujours avec soulagement que je rentre chez moi. Je fais souvent « Ahhhh… » tout en retirant mes chaussures. Enfin ! La tension disparaît. Je me donne la permission d’être ce que je suis.

Donc, il y a deux mondes : l’intérieur et l’extérieur. Mais j’ai un problème : quand ils fusionnent…comment suis-je supposée me comporter ?

Dès qu’on vient chez moi ou chez mes parents, j’ai l’impression de perdre tous mes moyens. Mon agitation se voit tellement qu’on est obligé de me dire : « Fais comme chez toi ! ». Ironiquement.

C’est pour ça que j’ai peur d’inviter les gens. Même mes amis, même ma famille. La seule exception reste mes parents, puisqu’on a vécu ensemble une large partie de ma vie.

Dans le cas où l’on doit vraiment venir chez moi, s’il-vous-plaît, qu’on me prévienne au moins une semaine à l’avance. Le temps de me préparer psychologiquement, de tout ranger, de nettoyer le sol et mon déni.

Non, je n’ai pas spécialement un lourd secret à porter.

C’est juste mon visage que je cherche à cacher.

Égocentrisme

Je suis gênée de parler de moi. On se demanderait donc pourquoi j’écris un blog.

Être catégorisée comme une égocentrique ? Non merci ! Je me défendrais maladroitement. Ah…je veux être humble. Je veux tellement être humble.

On m’a déjà dit que j’étais une personne modeste. Ah, me voilà rassurée.

Si je valorise l’humilité à un tel degré, c’est parce que j’admire les gens humbles. Ils n’ont pas l’air de vouloir de l’attention. S’ils ont du succès, ils l’admettent avec élégance, sans s’attarder sur leurs talents ou leur travail acharné.

Par-contre, les narcissiques me rendent mal à l’aise. En fait, c’est faux. Laissez-moi reformuler cette phrase : les narcissiques qui font semblant d’être modestes, me rendent mal à l’aise. En revanche, j’admire les narcissiques honnêtes, ceux qui ne font même pas d’efforts pour cacher leur égocentrisme.

Ces gens nous rappellent qu’on a le droit d’être centré sur soi.

J’ai peur de trop désirer la modestie, à tel point que je me vois contrainte à jouer de la comédie.

Pourquoi j’écris ? Pourquoi je pratique l’introspection ? C’est sans doute parce que je pense beaucoup à moi !

Nostalgie

Les chansons qui tournaient dans la voiture de mes parents…

Les baignades à la mer et les glaces en cornet…

L’émerveillement quand ma mère m’emmenait dans un magasin de jouets…

L’euphorie de pouvoir jouer avec des chiens, qui courraient en remuant leur queue…

La sérénité quand je sortais du bus d’école, avec ma mère qui m’attendait pour rentrer à la maison…

Avec un peu d’effort, je pourrais même sentir le soleil de 2000 qui flottait derrière nous. Mais sa lumière est, comment dire…plus épurée ? Mes souvenirs ressemblent à des rêves sortis tout droit d’un monde parallèle.

Le vidéos de mon enfance me font sentir bizarre, je l’admets. Cette fille insouciante ne mesure qu’un mètre vingt. Elle pose plein de questions, celles qu’on remarque à peine quand on est adulte. Elle s’en fiche de tourner cinquante fois en rond jusqu’à en avoir le tournis. C’est…moi ? A-t-elle disparu, ou est-elle encore en moi ? J’aurais tellement voulu revenir en arrière !

J’étais loin d’être toujours joyeuse, cependant. En tant que vilaine têtue, je voulais toujours avoir raison. J’étais possessive tellement je voulais être la préférée. Et à partir de six ans, je me suis longtemps enfermée dans ma carapace.

À vrai dire, ces traits ne m’ont pas quittée, bien qu’ils soient moins apparents. Les autres avec qui j’ai grandi ont aussi gardé leurs aspects proéminents. Peut-être qu’ils ne nous quitteront jamais.

Mon passé n’est ni bon ni mauvais, mais il me constitue. Cette fillette de quatre ans n’a pas disparu, et elle n’est pas en moi. C’est moi.

Procrastination

Je devrais être stressée.

Je devrais m’activer, me presser, courir contre la montre, appréhender le « véritable » moment.

Sinon, quelque chose de terrible va arriver.

***

J’ai un devoir à rendre. Un projet, plus précisément. Je dois le présenter devant une soixantaine d’yeux, qui jugeront la qualité de mon travail. Les profs vont me poser des questions. Puis, à la fin, ils vont discuter ensemble et ils me donneront une note.

Bien sûr que je veux avoir une bonne note, et bien sûr que j’exige une présentation orale au top. Mais, pourquoi n’ai-je pas d’ambition pour ma tâche ? Pourquoi je ne m’affole pas ? Pourquoi je ne fais rien ?! Ça me stresse.

Je ne suis pas assez stressée ; c’est pour cela que je stresse.

J’ai l’impression de m’exécuter plus pour l’approbation, que pour la vocation.

Ai-je envie qu’on me voie comme une fainéante ? Non, on m’a toujours considérée comme une bosseuse. Ruiner cette image me ferait un peu honte.

Or, ce projet ne me donne pas assez d’ambition ! Je ne l’aime pas assez pour m’y acharner dessus !

Je sais qu’à part les devoirs, il y a d’autres choses sur lesquelles on procrastine, mais elles sont moins visibles. Parce que leur date limite, c’est sans doute la mort.

Fadeur

Quel plaisir de se lever en douceur, sous les rayons du soleil…Se percevoir comme neuf.

Sentir le contact de l’eau tiède, le parfum du shampoing. Se brosser les dents et tourner en rond. Chanter.

C’est un bonheur fade…Je ne vois pas de pic d’enthousiasme. Mon taux de dopamine n’est pas surélevé. À vrai dire, je me sens légèrement mélancolique. Mais je me sens bien.

Presque tous les jours, je marche entourée de verdure intimidante, et j’ai ce même effet.