Vide

Aujourd’hui est un jour où je manque d’inspiration.

Normalement, lorsque j’ouvre mon journal, il me suffit de penser pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’un mot ou une phrase me frappe, et que je puisse dire : « Ah ! Voilà comment je me sens ».

Mais aujourd’hui, je ne sais pas comment je me sens.

Alors, au lieu de m’attarder sur une longue écriture forcée, je vais dessiner ce que je considère le plus sincère. Après tout, les émotions ont-elles toutes besoin d’avoir une description ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un vide.

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Secret

Je ne peux pas entrer dans la tête des gens.

Je ne peux pas savoir ce qu’ils font lorsqu’ils sont seuls.

Je ne connais même pas totalement mes proches.

Je ne les connais pas.

Je me limite à ce qu’on me montre, et j’oublie ce qu’on me cache.

Ainsi, chacun vit seul dans son monde. Est-ce que la connexion se perd, de cette façon ?

Vaut-il mieux ne pas savoir certaines choses ?

Devrait-on éviter de se confier ?

Cerveau

La neurologie est un sujet fascinant. Elle me fait croire que tout est une question de perception, et que le cerveau en est la cause.

Cela me met en doute ; qu’en est-il de l’introspection (la perception de soi) ? À quoi sert-elle si en réalité, ce n’est pas le « moi indéfinissable » qui observe, mais un tas de neurones qui se communiquent entre elles, dans un organe bien mou qu’on nomme « cerveau » ?

Je fais alors partie d’une structure organisée, où chaque émotion n’est qu’un déclenchement provoqué par ma tête. L’entité unique que j’appelle « moi » ne me commande pas. Elle n’existe peut-être même pas.

Tout ce que j’ai écrit, tout ce que je sais de moi…n’est qu’une perception subjective. Une illusion.

Même la personnalité, qu’on a tendance à attribuer à chaque humain qu’on rencontre…se modifie profondément suite à une lésion des lobes frontaux.

Alors qui sommes-nous ?

Il paraît un peu déconcertant de s’entendre dire que votre vie, tous vos espoirs, triomphes et aspirations naissent tout simplement de l’activité de neurones dans votre cerveau. Mais loin d’être humiliante, cette idée ennoblit. La science […] nous dit que nous n’occupons pas une place privilégiée dans l’univers et que notre sentiment d’avoir une âme immatérielle intime « qui observe le monde » est en fait une illusion.

Le Fantôme Intérieur, V.S Ramachandran

Si vous stressez lors des présentations orales, on vous a peut-être suggéré d’imaginer le public tout nu. Mais voici une autre tactique : essayez d’imaginer ces personnes en tant qu’entités contenant une espèce d’organe mou, avec des milliards de connexions complexes, hors de leur portée. Je ne sais pas si c’est efficace, mais ma perception me dit que ça a l’air d’avoir du sens.

Vulnérabilité

Des millions de pensées fusent dans ma tête mais je ne sais pas par où commencer.

Pleurer seule me fait du bien.

Pleurer devant quelqu’un d’autre, c’est une toute autre chose. Ça, je m’en suis aperçue hier lorsque je l’ai fait devant une inconnue.

Quand on sort, on voit rarement des gens exprimer des visages fragiles et dégoulinants d’eau. Visuellement, ce n’est pas très attirant non plus. Est-ce pour cela qu’on se retient ?

Je voulais tellement me retenir. Mais c’est difficile lorsqu’on sent déjà sa voix trembler. Ce n’est pas ma voix : le son est tellement hideux que je ne veux pas m’identifier à ça. Normalement, je suis stable, neutre, normale. C’est du moins ce que j’essaie de montrer en société.

Mince ! Un domino en fait tomber un autre ; voilà mes yeux qui sont sur le point de me trahir. Bien sûr, je fais la grimace la plus atroce de l’existence pour retenir mes larmes. La méthode est tellement efficace que c’est l’effet inverse qui se produit.

 

Je suis en train de pleurer et c’est indéniable.

Au revoir mon masque. Au revoir ma dignité.

Je n’ai plus rien pour me couvrir.

Mon ego se prend une gifle monumentale.

 

En rentrant chez moi, je me sens d’humeur maussade. Finissons-en, appelons cette journée une « étrange expérience » et grignotons en ce soir de Halloween.

Maintenant que j’ai du recul, je m’interroge sur la raison qui m’a fait sentir si…inappropriée. Est-ce dû à ce stupide complexe d’infériorité ? Montrer ma vulnérabilité me donne l’impression d’être si……..débile. En même temps, je serais tellement libre si j’acceptais de montrer cette nullité au monde. Je le sais parce qu’hier, j’ai eu cette drôle de sensation.

Devoir

Maintenant que j’y pense, j’ai passé presque toute ma vie dans des établissements de formation.

Tu te lèves tôt, tu t’assois dans une salle parmi d’autres individus de ton âge. Le prof fait son monologue, tu notes ses consignes. Parfois, tu dois interagir avec les autres camarades, puisque vous travaillez en groupe. L’heure s’achève, tu mets ta trousse dans ton sac, prête à traverser les longs couloirs, avant que le prof n’interrompt la classe en précisant la date du devoir à rendre.

…La routine.

Puisque je suis tellement habituée à ce système, je me demande comment je vais me comporter quand je serai enfin sortie de là. Serai-je libre, ou confuse ?

J’ai aussi connu d’autres environnements, tels que les stages. Mais mon cerveau est encore axé sur le système scolaire, puisqu’il y a toujours quelque chose à rendre.

Il y a aussi les vacances. Cependant, le dernier jour de cours sonne bizarre, car je suis plutôt joyeuse mais…j’ai l’impression de rater quelque chose. Peu après, le rythme devient plus lent, je m’ennuie et je procrastine. Moi qui pensais que les vacances allaient me procurer une liberté profonde…mais pas tant que ça, en réalité.

Suis-je devenue accro à la notion de devoir ? Peut-être que je devrais constamment stresser sur ça, parce que sinon, qu’est-ce que je fais ici ?

Comment serait la vie s’il n’y avait plus aucun devoir à rendre ?

Désordre

Il faut encore que je fasse du rangement.

À chaque fois que je fais le ménage, ce n’est jamais fini. Quelques jours plus tard, le désordre se remet en place ; le processus est non-stop.

C’est fatiguant d’observer ce désordre.

Or, ce n’est que lorsque je commence une petite action que ça va mieux. Une part de moi se libère. Enfin ! Me voilà sortie de la procrastination.

Je préfère m’y mettre lentement. Une chose à la fois. Génial, l’étagère a été rangée. La salle de bain aussi. Passons à la table de bureau…

À la fin, je suis fatiguée, mais c’est une toute autre sorte de fatigue.

L’ordre est satisfaisant. Voilà ma motivation qui s’accroît.

Mais ça ne se finira jamais…bientôt, le désordre reviendra, puis l’ordre, puis le désordre, et ainsi de suite.

Il en va de même dans mon esprit.

Ignorance

Je suis une ignorante de ma propre vie.

Qu’est-ce que j’ignore, précisément ?

Je n’en sais rien, puisque je l’ignore !

Alors j’attends sagement que mon moi du futur me le fasse signaler par télépathie. À moins qu’elle ne préfère allonger le suspense, pour ne pas me spoiler.

Où vais-je vivre dans trois ans ? Qui vais-je rencontrer ? Vais-je avoir de nouveaux loisirs, une nouvelle philosophie, un nouveau style vestimentaire ?

Pour me faire une petite idée, je m’observe trois ans en arrière, et…j’étais un peu différente, mais un peu la même aussi.

En bref, je ne sais pas ce que je vais faire dans trois ans. N’empêche, je trouve que c’est mieux ainsi. Cela me laisse le temps d’imaginer et de m’y préparer, tandis que je me consacre au présent optimiste.

Que vais-je donc bien faire aujourd’hui ?